L’or du bilan

Et puis d’un coup comme ça, ce fût fini. Du jour au lendemain, le 21 mars. Pas peu fiers de finir en beauté, affichant, à l’instar des rock stars, Sold Out pour la dernière.

Au compteur pour l’équipe, une gastro, deux bronchites, une entorse, deux-trois-quatre gueules de bois, des litres de Bordeaux, quelques cannelés, deux standings-ovations, des dizaines de spectateurs en larmes, d’autres suffocants, des bravos, des mercis à foison. Le public, les partenaires artistiques et institutionnels, les scolaires, et les « pros », chacun ravit du voyage. Et nous aussi. Tellement.

Une certitude: on ne s’est pas trompé. Dans ce que nous avons proposé de radicalité, d’ambiguïté, de violence en spirale, notre volonté d’être torve dans les rapports de forces instaurés entre les personnages, et l’étau d’une heure vingt-cinq constrictor comme un boa.

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SStockholm © Pierre Planchenault

« Ce que vous avez fait, ce n’est pas un spectacle de plus. C’est immense. Les gens qui ont vu SStockholm s’en rappelleront toute leur vie. Et leurs enfants, qui ne l’auront pas vu, pas même nés même, s’en rappelleront aussi. Parce qu’ils le leur raconteront. «  Laurent Laffargue

Et maintenant, préparer la suite. Croiser les doigts pour que la mise en mouvement de la pièce soit effective. Après cette plus que parfaite création, qu’une tournée existe prochainement. Ça, ce serait dément… Et pas improbable! D’ici là, savourer le printemps, comme une victoire. Car, tout naît, tout meurt, tout bouge, tout change, seul le monde reste bleu comme une orange.

Frissons pour ceux qui l’auront vu, eau à la bouche pour ceux qui l’auront manqué, le teaser officiel et inédit de la pièce par Lou Ïs: ICI

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Nous tenons à remercier infiniment Laurent Laffargue et sa Compagnie du Soleil Bleu qui ont permis à ce projet de voir le jour en accueillant le Collectif Denisyak en pépinière. Ainsi portés, nous avons pu entrer en création dans des conditions inespérées pour une compagnie émergente. Merci également à Monique et Bruno du Glob’ Théâtre pour leur confiance, petites attentions de tous les jours et immense humanité, ainsi que son équipe de feu, mais aussi nos partenaires artistiques, Philippe & Eric, Yannick & Manu, Jean-Marc, Alain, Morgan, Marion, Margo, Nicolas, Xavier, Julien, Maxime, Lou Ïs, Pierre, ainsi qu’à tous ceux et celles qui nous ont épaulé jour après jour essuyant doutes et tempêtes de joie!

 

Epuisés et heureux!

Avant d’attaquer la troisième et dernière semaine de représentations de SStockholm au Glob’Théâtre, retour sur ces quinze premiers jours fous!

En vidéo par la Station Ausone: L’écriture de SStockholm

En critiques par là:

Rue du théâtre

Happen

Et en photos de Pierre Planchenault:

Fucking wonderfull première!

        Après, on a pleuré. De joie, de soulagement aussi à sentir la salle entière conquise qui, spasmodique, applaudissait à tout rompre. Des larmes d’épuisement aussi, celles de la fin d’un an de préparation, celles de tout ce qui a commencé hier, et qui, soir après soir, va onduler comme un serpent. Et la fierté. Pouvoir se dire: on ne s’est pas trompé.

Notre proposition radicale et violente a eu l’écho qu’on lui espérait. Faustine & Erwan ont été magistraux sur scène, comme de la magie oui tellement ils étaient incandescents et subtiles. Ça peut pas exister des acteurs pareil, c’est au delà de l’humain, une performance d’incarnation. D’ailleurs, les lycéens présents dans la salle, ont demandé aux comédiens s’ils arrivaient à redevenir « normaux » après la représentation, si ça ne les rendaient pas « fous » de jouer de tels personnages.

Les jeunes filles bouleversées, se projetant dans Solveig, étaient en larmes et hoquets, ça roulait roulait sur leurs joues longtemps après que la représentation fût finie. Les garçons, eux, totalement excités, disaient que c’était encore mieux qu’au cinéma, parce que ça se passe devant toi. Ils n’avaient pas imaginé que cela pouvait être ça le théâtre, cette chose totalement bouleversante et ultra-réaliste. Et lorsqu’ils sont partis,  nous savions que jamais de leur vie ils n’oublieraient SStockholm, cette expérience là. Nous avions éreinté leurs certitudes sur ce qu’ils avaient pu croire qu’était le théâtre, poussiéreux, emperruqué et incompréhensible. Et c’était délicieux de sentir cela.

Délicieux et fou d’avoir eu un public si métissé, les institutions mêlées aux dix-sept ans mêlés aux spectateurs de tous bords, dans cette écoute religieuse, la cérémonie démente qui s’est déroulée, impie et monstrueuse, le silence long avant les applaudissements tellement tout le monde était soufflé, leurs visages défaits et conquis après. Alors on a trinqué. Le Glob’ Théâtre a même sorti le champagne. Alors on a bullé. Jusqu’à tard dans la nuit. Flottants. Heureux.

Et ce soir recommencer. Faire encore. Et demain, et après encore. Et chaque soir faire trembler les murs de la cave pour le plus grand plaisir des spectateurs avides de sensations fortes. Maintenant c’est certain, au mois de Mars, c’est pas dans les manèges de la Foire place des quinconces que ça se passe pour l’adrénaline, c’est au 69 rue Joséphine !

Bonus, en loges, avant…

Avant la première…

          A J-5, un filage, beau, très beau. Rassurant même. Premier vrai filage dans le décor, et c’est fou. Fou comme les éclairages déments, et la boîte noire qui a été crée avec ces pans de murs marrons, verts, gris, cette tourbe au sol, comme tout cela prend en charge la narration aussi. La pièce ne repose plus seulement sur les épaules des acteurs, et s’ouvrent de nouvelles images. Tu te frottes les yeux, tu n’en reviens pas, tu as devant toi une putain de pièce de théâtre. Du genre powpowpow ! Du genre que tu aurais adoré aller voir en tant que spectatrice. Vous l’avez fait. Tous ensemble. Il faut travailler encore bien sûr, chercher la petite bête, ne jamais relâcher l’attention, toujours avancer, plus toujours plus, mieux toujours mieux, encore, encore. Mais tu es estomaquée. Ce que vous avez fait déjà, jusque là, et maintenant tout qui prend forme, corps, et âme, c’est… bouleversant à quel point c’est dix mille fois plus grandiose que ce que tu aurais cru que vous feriez. Oui, tu es scotchée. Vous avez dans les mains une proposition radicale, terrible, et sublime. Carrément. M’en fous des chevilles, du melon, tout ça. Vous avez bossé comme des dingues depuis un an sur le plateau, et presque deux à la production avec la Compagnie du Soleil Bleu, et vous êtes fiers, pétard mais oui, fiers de ce que vous proposerez aux premiers spectateurs dans quelques jours.

cheveux © Solenn Denis

A J-4, vous courrez, du matin au soir, pour que tout soit prêt à temps. Y’a tant à faire encore… C’est qu’il faut se lever tôt. Filer dans les boutiques avant d’aller au théâtre. Fignoler les costumes. Vous dévalisez les magasins, essayez les costumes dans le décor pour voir si cela jure ou saie, vous ramènerez ce qui ne va pas plus tard. L’anorak de Solveig/Faustine s’est déchiré hier, faut recoudre, parcourir la ville à la recherche de fil et d’aiguilles comme dans une botte de foin, le petit poste cassette Fisherprice de notre enfance qui lâche, celui que Franz offre à Solveig dans la scène 4. Bordelàqueues c’est bien le moment ! En toute urgence, trouver un nouveau poste, mais les appareil à cassettes, ça n’existe plus, alors quoi ? On fait quoi ? On cherche du MP3. Mais ça jure, date la pièce ici et maintenant, et on ne veut pas ça. Alors ruser, chercher encore, trouver des mistoufles, et compter sur le scénographe pour nous customiser ça un peu…

Après, vous n’avez plus tellement envie de travailler. Alors, il faut boire du vin. Tu prépares une tarte aux poireaux pour demain. En fait non. Tu te rends compte, au milieu des poireaux qui rissolent et fromage de chèvre qui patiente, qu’il n’y a pas de moule à tarte ici, dans l’appartement que la Mairie de Bordeaux vous a prêté. C’est con, faire une tarte sans moule c’est un peu comme faire l’amour tout seul… Tu inventes une tarte tatin dans un moule à gratin, tout à fait déconfite de te rendre compte qu’une fois encore, malgré ta bonne volonté, tu as sans doute cuisiné un truc mi-bon mi-dégueu, ta spécialité. Et les comédiens, bonnes âmes, feront semblant de se régaler… Parce que c’est ça aussi, la vie d’une équipe de théâtre. Se serrer les coudes même dans l’adversité !

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J-3, un tour à la fête foraine après le dernier filage. Une bonne attraction qui te fait monter à 38m de hauteur, rien de mieux pour expulser la fatigue et tension. (Ajouter à cela une gaufre au Nutella, et c’est la pâmoison!)

J-2, même pas les chocottes. On frétille. L’impatience. Une nuit encore, et les spectateurs seront là. Dès demain même, pour la générale publique. Et on ne pense plus qu’à ça… Viens, on vous attend, oui, on est là.

Glob’Théatre J-6

Mercredi 26 Février 2014

Quand les coups de fil des premiers pros qui viendront à Bordeaux découvrir la bête (Notamment, celui du Préau de Vire, Scène Régionale de Basse-Normandie) te sortent du lit, ça vaut tout les cafés du monde !

C’est qu’on s’était habitué à Paris, et à ses 900 théâtres, mais à Bordeaux on en dénombre 9. Aussi, lorsque l’on te dit que SStockholm « C’est LE spectacle du mois de mars à Bordeaux », bah, grisés, vous arrivez presque à le recevoir comme une vérité possible…

Tourbe © SOlenn Denis

Réglage des lumières aux petits oignons avec Yannick Anché. Tandis que Philippe Casaban, scénographe de rêve, ramène la tourbe. Des sacs plein. On s’en frotte les mains, et le plateau se tapisse peu à peu. Et maintenant, voilà, l’organique a rejoint la scène. Foutre dieu que c’est beau !

Faustine à la tourbe © SOlenn Denis

Le soir, Erwan fait parler les cartes. A moins que ce soit elles qui lui parlent… Oui, oui, à l’oreille comme d’autres parlent aux chevaux. Il dit que c’est pas des blagues.  Alors, après le vin (Hé ! on est à Bordeaux, faut ce qu’il faut!), c’est tarots, et il tire les cartes pour SStockholm. Il se met à pousser des cris, il secoue ses mains dans l’air, jusqu’à devenir tout à fait inquiétant, nous regardant dans les yeux, puis confessant : Moi je vous le dis, la pièce va créer des remous. Oui, y’aura des vives réactions. Peut-être même des gens sortiront de la salle! Faut s’y préparer les filles, c’est pas moi hein, c’est les cartes…

Vas-y, ressers-moi un coup de rouge.

Arrivée au Glob’Théâtre

Se lever aux aurores. Se tirer du lit dans un râle et des cernes. Bâiller. Se faire une perf’ de maté. Bâiller encore. Bâiller beaucoup. Faire un Tetris dans le Breack pour faire rentrer les costumes, accessoires, et valises d’un mois. Prendre la route. Avoir du soleil plein la gueule, et même pas bouchonner pour quitter Paris. Se dire que l’addition de ces deux données est de bon augure. Se dire que c’est la chance. Se dire qu’on est heureux quoi.

Faustine © Solenn Denis

Rouler à 140 km/h, conduits par la divine Faustine, qui aura résisté pendant 500 kilomètres à la tentation à ne pas faire un seul doigt d’honneur à personne sur la route. Même ceux qui se rabattaient brusquement sans clignotant. Puis, manger des sandwichs sur l’autoroute. A même le sol et les pots d’échappements.

Aire d'autoroute © SOlenn Denis

User toutes les stations de radio en vain à la recherche de la chanson qui fait du bien, et finir par donner la guitare à Erwan pour qu’il fasse musicien de voiture. Et, inventer des chansons jusqu’à Bordeaux

Musicien de voiture © SOlenn Denis

Arriver au Glob’ Théâtre. En plein dans le décors. Tomber nez à nez avec ce qui avait été conçu par Eric Charbeau & Philippe Casaban sur le papier, grandeur nature, et voir s’affairer huit personnes autour. Ça fait quelque chose. Vraiment. Vraiment grand. Le réel dans ta gueule. La pièce créée dans une semaine. Ta première pièce. En vrai. En grand. Pas du flan. Tout est là presque. Les murs de la boîte n’attendent que vous dedans. Les hanter. Vous avez jusqu’à lundi prochain, la générale publique, avant la première le 4 mars. SStockholm. Enfin. En vrai. En grand. Pas du flan.

Décors © SOlenn Denis

Premières à La Loge / Premiers retours

« L’écriture de Solenn Denis est simple et belle. Elle cerne, en cercles concentriques, obsessionnels, le face-à-face de haine et d’amour entre un bourreau et sa victime. Faustine Tournan, en enfant éternelle, est émouvante et gênante à souhait. Erwan Daouphars habille sa violence de tendresse bonhomme, ce qui la rend d’autant plus choquante. Durant toute la représentation, le public était plongé dans cette syncope volontaire, cette tactique d’enfant qui consiste à se faire tout petit pour éviter la gifle. » Le Souffleur

« En tout cas, bravo pour ton texte, et pour le spectacle. Les deux comédiens sont formidables. (…) Un grand bravo également à la mise en scène qui a su laisser la place aux comédiens, une mise en scène qui ne s’exhibe pas. » Koffi Kwahulé

« C’était (c’est) résolument un beau travail, fort, dense, rigoureux, jamais complaisant, tirant le texte (que j’ai redécouvert avec joie) toujours vers le haut… Faustine et Erwan, vous êtes formidables… Vous êtes tous pleins de talent… encore mille bravos, je suis ravi d’être venu, merci. » Michel Cochet / A mots découverts

« Ça m’arrive très peu de dire « BRAVO ». Mais là : BRAVO ! BRAVI ! Une bonne claque dans ta gueule. Le meilleur spectacle vu depuis Max Black de Heiner Goebbels et Factory 2 de K. Lupa. Interprétation constamment sur le fil, mise en scène exigeante, écriture en vertiges. BORVA. » Alexandre Moisescot

Erwan Daouphars © Solenn Denis

 

Plus terrible…

C’est plus terrible encore qu’un premier rendez-vous. Plus terrible qu’un premier baiser. Plus terrible qu’une première baise.

Dans 1 mois tout pile, ta première pièce va être vue, entendue, sentie, ressentie, reresentie. Adrénaline à son paroxysme. Peur et hâte. Tout se mélange. Tu trembles. Est-ce un orgasme?

Soutenu par la Compagnie du Soleil Bleu, que vous a pris en pépinière, vous l’avez portée au plateau avec le Collectif Denisyak, Faustine Tournan et Erwan Daouphars en tête. Vous l’avez voulue comme un coup de trique, un coup de boule, un coup de poker. Vous l’avez fabriquée de vos mains, sangs, sueurs. Vous avez écarté la théâtralité, vous avez foncé dans le radical. Vous vouliez que l’instant soit proche du performatif. Que le public soit tout près. Qu’il vive l’expérience de l’enfermement. Que tout cela se passe au bord du soutenable.

Et maintenant, vous êtes au bord du précipice. Et vous allez sauter dedans. Pas de parachute. Prêts pour l’expérience? On vous attend. On vous espère. Je suis en transe. J’ai envie de vous là. Tout près. A côté de moi.

SStockholm / Collectif Denisyak / Le 7, 8, 9 & 10 janvier 2014 à 21h Work in progress au Théâtre de La Loge. ( Petit conseil: la jauge étant volontairement très limitée, réserver sa place est indispensable, et ça se passe par ici: La Loge)

Flyer SStockholm-Loge RECTO

 

Les scénographes!

Les incroyables scénographes Charbeau et Casaban rejoignent le Collectif Denisyak, et je te dis pas les tueurs!!!! On vous prépare ensemble, et sous la tutelle de Laurent Laffargue, un sacré sacré machin… Apprête-toi à t’accrocher à ton siège!

SStockholm-scenographes